Samedi 24 février 2007 6 24 /02 /Fév /2007 16:20

 

L'objectif de cet article est de retracer la réalité historique et contemporaine du vécu homosexuel dans plusieurs sociétés africaines. L'homosexualité dans toutes ses formes, a toujours été connue de l'Afrique, et ce, bien avant l'avènement des missions civilisatrices. De nos jours, elle tend à être de plus en plus visible dans les grandes zones urbaines africaines. Il apparaît donc intéressant d'un point de vue sociologique se saisir son sens, et voire, sa puissance au-delà des clichés mystificateurs admis.


Homosexualité en Afrique Noire Mythe ou réalité ?


En Afrique, les études relatives à la construction sociale de la sexualité menées par les Africains eux-mêmes ne sont pas très nombreuses, comparées à celles dont il est possible de disposer en Occident. L'une des raisons est que l'univers de la sexualité en Afrique depuis l'ère du christianisme est entouré de tabous, à l'instar de plusieurs autres régions du monde. En Afrique le plus souvent le sexe se pratique davantage qu'il ne se dit ; même à travers les contes lorsqu'il est abordé, c'est par le biais de métaphores, d'analogies, d'ellipses ou encore de métonymies. A ce niveau, le langage qui entoure le sexe surtout quand il veut véhiculer un savoir ne peut que se deviner, ou se visualiser par le biais d'oeillères pour ne jamais en préciser la pensée. Bien que le sexe ne se prête pas toujours avec aisance au jeu de l'interprétation, son sens n'est pas systématiquement caché pour les natifs. Il ne nécessite pas d'être toujours décrypté. C'est pourquoi au sein des groupes, les acteurs sociaux ne s'interrogeront pas nécessairement sur ses significations, même quand pour un observateur étranger, il peut apparaître contre nature ou obscène.

Cependant, loin de toute polémique, poursuivons l'objectif de cet article, en démontrant que l'homosexualité a toujours été connue et pratiquée en Afrique. Nous le faisons dans le but de lever le mythe occidental savamment élaboré d'une Afrique qui n'aurait jamais connu l'homosexualité. Ce qui pose encore en filigrane la préoccupation d'une définition plus élaborée de l'homosexualité concept occidental développé en Occident pour désigner une des pratiques socio-sexuelles qui semblait n'y apparaître qu'exclusivement. L'un des moyens de vérifier l'existence de cette réalité consiste à voir si le concept et les termes existent dans les langues africaines. Nous verrons que sur cette question, contrairement aux idées tout aussi occidentales reçues, les langues africaines vont jusqu'à désigner les genres qui vont avec ce type de pratique, et des spécificités que la seule conception occidentale « homosexualité » n'aurait pas pu toujours cerner.

(HOMO) sexualité dans l'histoire africaine : socio-graphie et socio-analyse d'une activité jouissive.


Présenter l'homosexualité dans l'histoire africaine comme une activité « jouissive » peut apparaître de prime abord provocateur. Cependant, c'est souligner que contrairement à ce qui est toujours paru comme impensable toute l'activité sexuelle en Afrique, même à travers l'histoire, a toujours eu cette dimension relative au plaisir. Il ne peut en être autrement, sauf en cas de frigidité ou d'excision chez les femmes. Etant donné que plusieurs sociétés africaines d'antan et même actuelles ont eu à pratiquer l'excision chez les jeunes filles, il sera plutôt dit que le plaisir se percevait surtout chez les hommes, et socialement l'on ne s'attendait pas à ce que la femme le manifestât. C'est dire qu'à côté de l'objectif premier qui était la reproduction dans l'activité sexuelle des individus dans ces sociétés, peut être placé comme second objectif, le plaisir, entendu comme satisfaction ou surexcitation des terminaisons nerveuses. Dans ce cas, l'homosexualité pratiquée occasionnellement ou non dans ces sociétés, peut tout aussi être envisagée comme une activité jouissive pour les parties prenantes. Avant d'entrer dans le vif du sujet, qu'il soit permis d'apporter quelques éclaircis sémantiques sur les concepts « d'homosexualité » et des « homosexualités » qui seront attribués au vécu socio-sexuel historique des Africains.


"HOMOSEXUALITE DANS LES RITES INITIATIQUES"


Dans certains rites initiatiques en Afrique, apparaissaient parfois des pratiques homosexuelles. Ces rites pouvaient servir à transformer le statut sexuel des individus (par exemple le rite marquant le passage de l'adolescence à l'âge adulte chez les Beti du Cameroun appelé « SO »), ou alors à initier les individus à l'art de la guerre (les Siwans en Libye) ou encore renforcer la cohésion sociale d'un groupe.

En effet, chez les Siwans dans le désert libyen, la pédérastie fut le plus souvent reconnue pour des fins initiatiques. Au Cameroun, le « Mevungu » chez les Beti et le « Ko'o » (l'escargot) chez les Bassa étaient des rites qui comprenaient des attouchements entre femmes ayant un caractère hautement homosexuel. D'après ses adeptes, le mevungu était présenté comme la « célébration du clitoris et de la puissance féminine ». Ce rite exclusivement féminin « comportait des danses qui, parfois auraient mimé le coït et dans lesquelles les initiées ménopausées auraient joué le rôle masculin ».

Chez les Kivaï, la pratique rituelle de la sodomie était courante et était socialement interprétée comme rendant les jeunes hommes plus vigoureux. Dans le Nord-Ouest de la Zambie, le rite Mukanda ou le rite de circoncision des garçons, était particulier. Les initiés mimaient souvent la copulation en se servant du pénis de l'initiateur le plus âgé. Cet acte était considéré comme rendant le sexe de l'initiandus plus fort, à l'instar de celui de l'initiateur. Dans d'autres groupes Bantou voisins (Luvale/Balovale ; Chokwe ; Luchazi ; Lucho et Lunda), les garçons restaient nus durant toute la première phase de l'initiation ou ils recouvraient la santé après la circoncision. Pendant cette période de cicatrisation post-circoncisionnelle, ils s'occupaient en jouant avec les pénis des gardiens des loges initiatiques : les vilombola ou avec ceux de leurs assistants, les tulombolachika. Cela était considéré comme accélérant la cicatrisation et partant la guérison, et les initiandus ou novices espéraient aussi qu'en le faisant, leurs propres pénis, s'accroîtraient. Tous les visiteurs des loges initiatiques « subissaient » le même traitement.

Ailleurs, chez les Bantous parlant le Fang au Gabon, au Cameroun ou en Guinée Equatoriale par exemple (le groupe Pahouin), les relations homosexuelles étaient perçues comme le médicament pour être riche. Cette richesse était transmise du partenaire réceptif, le pédiqué, vers le partenaire insertif, le pédicon, dans une relation pénio-anale.

Chez les Chagga du Kilimandjaro, où les jeunes étaient considérés comme adultes après une cérémonie initiatique, les jeunes, après leur cicatrisation post-circoncisionnelle, devaient encore passer par un autre rite, celui de la suturation de l'anus dans la forêt. L'explication qui en ressortait était que :

 « Le jeune homme initié doit s'abstenir de toute pratique homosexuelle. Une fois qu'un homme peut engendrer des enfants, lui-même court le risque, en cas de pratiques sexuelles anales, de se faire engrosser ou de féconder un autre homme. Cela signifie par conséquent la mort, puisque l'homme est « fermé » et qu'il ne possède pas de canal de parturition»

 

 

Par Charles GUEBOGUO - Publié dans : homosexualite à travers l'histoire
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