Partager l'article ! L'ANTIQUITE: I. L'ANTIQUITE 1. La pédératie en Grèce antique La Grèce antique est souvent assimilée au ...
I. L'ANTIQUITE
1. La pédératie en Grèce antique
La Grèce antique est souvent assimilée au berceau et au paradis de l'homosexualité. D'aucuns l'imaginent comme un monde dans lequel les hommes étaient libres d'entretenir des relations avec d'autres hommes. Rien de plus faux. Les structures sociales et les lois en vigueur à Athènes réprouvaient ce que nous appelons aujourd'hui "l'homosexualité". L'amour entre hommes était considéré comme avilissant et indigne d'un citoyen honorable. Par contre, ce qui était autorisé, et même encouragé, c'était la relation entre un homme mûr et un adolescent. Erigé au rang d'institution, le rapport entre l'éraste (l'amant adulte) et l'éromène (l'aimé mineur, un jeune à peine pubère) constituait pour ce dernier un rite de passage à l'âge viril. Même si les liaisons n'étaient parfois pas dénuées de passion, elles avaient surtout valeur éducative. Ainsi, l'adulte prenait sous son aile un adolescent et le formait à la vie sociale et politique, tout en entretenant des rapports sexuels avec lui, sans que la notion de plaisir prenne le dessus sur les valeurs intellectuelles et morales de la relation. L'éromène était pris en charge par l'éraste dès ses 12 ans jusqu'à l'apparition de la première barbe vers l'âge de 18 ans.
2. Rome, le culte de la virilité
A Rome, l'initiation sexuelle n'est plus au programme de l'éducation. Ce sont les femmes qui se chargent d'élever les garçons. Bien qu'on puisse en trouver des
traces, les notions d'éraste et d'éromène ont presque disparu. "Vice grec": ainsi les Romains nommaient-ils la pratique de sodomiser les garçons. Mais l'homosexualité n'était pas condamnée pour
autant. Elle était même largement répandue, comme moyen symbolique pour renforcer la suprématie des citoyens libres dans la société. Car ce qui était répréhensible pour un citoyen libre sous la
République, c'était d'entretenir une relation avec un semblable, non de jouir d'un esclave ou d'un prostitué, personnages inférieurs qui étaient à sa disposition. Le citoyen romain devait se
caractériser par une virilité et une vaillance sans faille, à la guerre comme à la vie civile, et ne jamais subir l'humiliation d'être au service de quelqu'un, donc de toujours tenir le rôle
actif dans la relation, fût-elle avec un homme ou une femme. Sénèque le résume ainsi: "La passivité sexuelle est un crime pour l'homme libre, une obligation pour l'esclave, un service pour
l'affranchi."
Fontaine Ityphallique, marbre retrouvé à Pompéi
A partir du Ier siècle av. J.-C., la séduction des garçons libres réapparaît, à l'image du poète Catulle, épris du beau Juventius: "Si sur tes yeux doux comme le miel, Juventius, on me laissait mettre sans relâche mes baisers, j'en mettrais jusqu'à trois cent mille sans me sentir jamais rassasié." Horace, Tibulle, Properce, Lucrèce, eux aussi, racontent les tourments de l'amour des garçons, tout comme Virgile, dans sa fameuse Deuxième Bucolique: "Pour le bel Alexis, chéri de son maître, Corydon, un berger, brûlait d'amour, sans aucun espoir." (39 av. J.-C.). Les régimes changent, de celui de Jules César (100-44 av. J.-C.), surnommé "l'homme de toutes les femmes et la femme de tous les hommes", accusé de "passivité", à Auguste qui devient empereur en 27 av. J.-C., et Virgile publie L'Enéïde, où il rapporte notamment la légende des deux guerriers Nisus et Euryale, un homme mûr et un adolescent, qui puisent dans leur amour réciproque le courage de mourir en héros. Un couple mythique, à l'instar d'Achille et Patrocle.
Sous l'Empire, l'homosexualité et la bisexualité se répandent dans toutes les classes, sans
règle et sans retenue, à l'image des empereurs eux-mêmes, de Tibère à Caligula, "prince de la dépravation", en passant par Néron le scandaleux qui fait châtrer un de ses esclaves avant de le
prendre publiquement pour épouse. Témoins d'un siècle de vie sociale romaine, les fresques et les statues retrouvées sur les sites de Herculanum et Pompéi, conquises en 89 et 80 av. J.-C. et
englouties sous les cendres et la lave du Vésuve en 79 ap. J.-C., montrent de nombreuses scènes de plaisir, parfois suggérées, parfois d'un réalisme plus percutant: du coït anal à des sexes
gigantesques, en passant par de jeunes éphèbes languissants, le culte du phallus et de l'éros masculin est omniprésent.
Les femmes, même si elles pouvaient jouir ou souffrir des pulsions de bien des hommes, se bornaient à tenir leur rôle d'épouse et de mère, et n'étaient pas autorisées à avoir de relations entre
elles.
Hadrien
(76-138 av. J.-C.)
Après la débauche de nombre de ses prédécesseurs, l'empereur Hadrien (76-138 ap. J.-C.) donne
une tout autre image: il aime d'amour le bel Antinoüs (110-130 ap. J.-C.), un jeune Grec de Bithynie, qui l'aime en retour. Après la noyade de son amant dans le Nil à l'âge de 20 ans, Hadrien
l'éleve au rang des dieux en faisant ériger un temple et une ville en sa mémoire. D'innombrables sculpteurs lui dressent des statues, des pièces de monnaie sont frappées à son effigie. Des jeux
seront même organisés en sa mémoire pendant près de 200 ans. Antinoüs, devenu canon éternel de la beauté masculine.
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